Patricia et Abdellatif sont azekkis : c'est-à-dire membre d’Azekka. C’est par cet intermédiaire que nous avons fait connaissance.
Patricia est au moins aussi passionnée que Laurent et moi par le Maroc et voilà bientôt deux ans, elle a fait le grand saut. Quittant la région parisienne, elle est venue s’installer à Ouarzazate où elle se démène pour faire fructifier sa petite agence de location de voiture. (Une bonne adresse pour tous ceux qui souhaitent circuler au Maroc).
Je ne connais pas encore très bien Patricia mais je me plais beaucoup en sa compagnie. Sa franchise, sa façon de s’exprimer parfois un peu expéditive m’étonnent toujours et me font souvent rire. Derrière ce langage direct, se cache une fille d’une grande générosité, avec un cœur gros comme ça. Mais, je m’arrête là, car je l’entends déjà maugréer derrière mon dos. Elle va finir par me tirer vertement les oreilles si je continue sur ma lancée…. Quand à Aïcha, elle vit chez Patricia. Pour subvenir aux besoins de ses parents, frères et sœurs, elle fait des ménage ici et là, chez des particuliers à Ouarzazate.
Originaire de Skoura, la famille d’Abdellatif s’est installée à Casa il y a bien longtemps. Ce qui fait maintenant de lui un véritable casaoui. Professeur d’anglais puis inspecteur de l’éducation nationale, Abdellatif profite de sa retraite pour s’adonner à ses passe-temps favoris : la photographie et l’écriture. La première fois que j’ai vu Abdellatif, c’était en avril dernier. Ce jour là, nous sommes allés distribuer plusieurs centaines de livres de bibliothèques dans des collèges et des écoles situées dans des quartiers défavorisés de Casa. Au cours de cette journée bien remplie, nous avons vite sympathisé, nous découvrant des goûts et des points communs. Le matin j’avais rencontré un azekki , le soir je quittais un ami.
Abdellatif connait bien le quartier des Habous qu’il va nous faire découvrir. Et pour cause, il a grandi non loin de là. Abdellatif aime Casa. Cela se sent, s’entend et se voit. Dès lors qu’il commence à raconter, son visage s’anime, ses yeux pétillent. Alors, sous nos pas résonnent une foule de souvenirs et d’anecdotes qu’il nous livre avec émotion et un brin de nostalgie.
Abdellatif nous explique que le quartier des Habous signifie « le quartiers des hommes saints »mais qu’il est aussi connu sous le nom de « nouvelle médina ». Dans les années 1930, les paysans venus des campagnes pour trouver du travail s’entassaient dans les faubourgs de la ville. Il devenait urgent de trouver une solution pour régler cette crise du logement. C’est ainsi que des urbanistes français ont donné vie à ce quartier qui répondait aux exigences du confort moderne de l’époque tout en respectant l’architecture traditionnelle. Le succès fut immédiat et avec ses petites places, ses ruelles à arcades, le quartier séduisit rapidement la population qui s’y établit pour être principalement occupé de nos jours par la bourgeoisie casablancaise.
Nous laissons la voiture aux abords de la Mahkama du Pacha (ancien tribunal musulman). Ne pouvant pénétrer dans l’imposante demeure, nous nous contentons d’admirer sa façade sculptée et sa porte monumentale. Peu après nous ralentissons le pas devant un grand bâtiment gris. C’est là, dans ce lycée que notre ami a occupé son premier poste d’enseignant. Nous laissant guider par Abdellatif nous goutons le calme des ruelles proprettes de la médina.
D’un mot, d’un geste, Abdellatif attire notre attention sur une multitude de détails architecturaux : les tuiles vernissées qui scintillent sous le soleil ; les savants agencements des poutres en bois de cèdres ;
les portes anciennes
aux lourdes serrures parfois rouillées
les moucharabiés derrière lesquelles se cachaient les femmes afin d’observer l’animation de la rue.
Sur la petite place Moulay Youssef, nous admirons le minaret de la mosquée puis nous flânons, un moment dans les échoppes et les kissarias regorgeant d’artisanat : étoffes, costumes traditionnel, cuivre, maroquinerie….
Ici pas de harcèlement, tout est net, bien agencé, organisé et policé. Il faut dire que nous sommes à deux pas du palais royal. Derrière le palais royal, justement, se tient le charmant petit souk zitoun où nous faisons provision d’olives en tout genre.
Plus loin encore, nous franchissons une porte massive pour découvrir un lieu insoupçonné et plein d’histoire. Nous sommes dans un ancien fondouk , sorte d’auberge-entrepôt qui accueillait autrefois les caravaniers, leurs montures et leurs trésors. Avec le temps, le fondouk a changé de vocation et est devenu une menuiserie réputée. L’endroit est cher au cœur d’Abdellatif. IL nous raconte qu’enfant, il y venait parfois avec son père. Le menuisier venait là pour travailler son bois sur d’imposantes machines qui aujourd’hui encore sont en activité.
Intrigués par notre présence, quelques vieux messieurs s’approchent. La conversation s’engage. Certains ont bien connu le père d’Abdellatif. Ensemble, ils se souviennent des heures de gloire de la menuiserie, des compagnons disparus, des accidents qui vous coutaient un doigt ou deux et parfois bien pire. On nous raconte aussi qu’en ces lieux, pendant la seconde guerre mondiale, des résistants se réunissaient en secret, contribuant ainsi à la libération de la France.
Laissant les ouvriers à leur labeur, nous nous dirigeons vers derb sultan (le quartier du sultan). Là, tranchant avec le calme « aseptisé » des Habous, nous retrouvons l’animation désordonnée et bruyante si caractéristique des cités marocaines. Sitôt passée la voie ferrée qui sépare le quartier résidentiel du quartier populaire, nous sommes attirés par une alléchante odeur de grillades. Nous nous attablons parmi la foule animée et dans la fumée des barbecue, nous dégustons quelques délicieuses brochettes de kefta bien épicées et grillées à point.
Une fois rassasiés, nous reprenons notre visite pour une incroyable partie de shopping. Ici, du lever au coucher du soleil se tient un immense marché multicolore. La plus grande foire à tout que je n’ai jamais vue.
Que ce soit dans les petits magasins qui bordent les rues ou à même le sol , au beau milieu de la chaussée, pas un seul petit mètre carré qui ne soit couvert d’impressionnants tas de marchandises : vrais-faux polos arborant le célèbre crocodile vert, foulards, sacs et valises affichant la griffe de célèbres couturiers parisiens et autres accessoires contrefaits . Notre mission, dégotter pour le moindre prix quelques vêtements pour les neveux et nièces d’Aïcha relève du parcours du combattant tant il y a de monde et de marchandises.
Une fois nos achats accomplis, comme nous avons encore un peu d’énergie, nous descendons la fameuse rue Belghazi pour pénétrer dans un univers on ne peut plus étrange : le souk el Jemaa. Dans ce marché aux épices, sous de vieux parasols délavés, parmi les plantes aromatiques trônent des bocaux de caméléon séchés, des poudres d’insectes, des peaux de serpents ou de lézards, des têtes d’animaux féroces.
Milles et une préparations et amulettes aux vertus magiques et maléfiques qui l’espace d’un instant nous laissent entrevoir le monde envoutant de la sorcellerie.
Timidement, Aicha me glisse à l’oreille qu’elle n’est jamais allée à la grande mosquée Hassan II. Je sais ce que représente une telle visite pour ma jeune amie et pour lui faire plaisir, nous décidons d’y passer avant de rentrer à la maison. La deuxième plus grande mosquée du monde est un bijou d’architecture qui vaut vraiment le détour.
Elle s’élève au dessous de l’océan, sur un rocher rappelant ainsi que selon un verset du Coran, le trône de Dieu repose sur les flots. Aicha est impressionnée par la taille et la beauté de l’édifice. Elle n’ose pas y entrer, hésite, puis se décide enfin. Quand elle ressort un moment après, son regard brille d’émotion, de joie et de reconnaissance.
La journée s’achève. Nous quittons notre ami Abdellatif après mille promesses de se revoir bien vite. Et, bravant la circulation anarchique et cacophonique qui règne en permanence à Casa, nous reprenons le chemin de Mohammedia.
5 commentaires:
trop trop bien fabienne ! tu nous donnes plein de bonheur dans tes récits et franchement on est obligé de tomber amoureux du Maroc !
bisous à toi et ton mari et bon retour en France
sylvie sylvain et juliette
C'est déjà la fin... Je m'étais habituée à lire vos récits qui me dépaysaient le temps d'un moment et me rappelaient parfois des souvenirs!
J'espère que vous nous ramènerez le soleil marocain.
A très vite
Gros bisous
Morgane
Belle balade une fois encore, gros bisous à tous les 2.
A bientôt.
Martine.
Je pense que vous serez tristes de rentrer !!!! Moi, j'ai hâte de vous voir !!! muriel
Tant de choses me parlent:la mer,le soleil,le tissage (ma grand-mère en faisait aussi),le thé,le désert, la gentillesse et hospitalité des gens..Merci de nous avoir fait rêver et partager ce beau voyage.ça a été 1 réel plaisir de te lire
Gros bisous
Souad
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