N'hésitez pas à leur rendre visite ou à les contacter
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Aujourd’hui, Abdou est toujours guide de montagne mais il a quitté les gorges du Dadés pour la vallée des Roses (à proximité d’El Kelaa de M’Gouna, toujours dans la région de Ouarzazate) où il tient avec l’aide de ses frères et sœurs une chouette petite auberge. Mais, cette année c’est à Bzou, dans la maison familiale que nous nous retrouverons l’espace d’un court weekend. Bzou est une petite ville rurale à 150 km de Marrakech en direction de Fès. C’est là que sont tissées les étoffes qui servent à confectionner les belles djellabas de fêtes. Située aux pieds de l’Atlas, cette région, « la DjellaBeauce » comme il me plait de l’appeler, est aussi une vaste plaine avec, à perte de vue des champs de blés et des troupeaux de moutons.
A peine arrivés, nous sommes fêtés par les femmes de la famille. Voilà près de 2 ans que nous ne nous sommes vus. Fadma, la maman d’Abdou et sa sœur Jamila me serrent longuement dans leurs bras, bientôt rejointes par une autre Jamila, la belle sœur d’Abdou et sa cousine Halima. Tiré de sa sieste par la soudaine agitation qui règne dans la cour de la maison, le papa vient à son tour nous saluer chaleureusement. Caché derrière les jupes de sa mère, Amin, le petit neveu d’Abdou nous regarde d’un œil à la fois curieux et inquiet avant de risquer un timide sourire.
Abdou n’est pas encore là. Retenu à Marrakech, il n’arrivera que tard dans la soirée.En fin d’après midi, nous recevons la visite d’Habiba, une voisine et amie de Fadma. Habiba voudrait réaliser un petit tapis pour protéger son pain mais elle n’est pas très adroite pour monter la trame du métier à tisser. Elle vient donc demander de l’aide à la maman d’Abdou qui elle, est experte.
Les deux femmes s’installent devant la maison, sur des peaux de moutons. Jamila casse un peu de sucre sur chacun des deux piquets en fer qu’elle vient de planter solidement dans la terre. Pour la baraka, disent-elles en riant !!! Et pendant deux bonnes heures, avec une adresse de fée et une patiente d’ange les trois femmes vont dérouler, croiser et entrecroiser le fil de laine blanche jusqu’à obtenir un sorte d’écheveau géant.
De temps à autre Halima arrose le sol pour faire tomber la poussière et éviter ainsi de salir le travail. Régulièrement, elles piochent dans un grand sac de bonbons, pour se donner « du courage »….
Je prends maintes photos. Mes compagnes, elles, prennent des pauses. Nous rions beaucoup…
Le soir tombe. Dans le patio les femmes ont entrepris de monter l’écheveau qu’elles viennent de réaliser sur deux grands madriers de bois qui constitueront le métier à tisser. L’opération est délicate et il ne faut rien laisser au hasard. Pour mesurer les écarts, la longueur des fils etc…. Fadma et Habiba utilisent leurs mains et leurs doigts.
Les fils sont tendus entre deux longs bâtons de bambous qui sont ensuite fixés aux madriers. La tâche est difficile. Il faut s’y reprendre à plusieurs fois et appeler les bonnes volontés à la rescousse.
Doucement, la nuit est arrivée. Le métier est presque prêt à recevoir les fils de couleurs. Fièrement, Habiba peut rentrer chez elle, son travail sur l’épaule. Demain, c’est nous qui irons chez elle pour les derniers réglages et préparatifs.
En ce jour de défilé du premier mai. Ils étaient nombreux à être descendus dans les rues de Rabat.
Femmes...
Enfants...
Ils étaient là pour rendre hommage aux ouvriers et aux ouvrières victimes de l'incendie qui s'est déclaré dans une usine de matelas à casablanca quelques jours plus tôt.
Ils étaient là pour manifester leur mécontentement,
exprimer leurs revendications
et leurs désillusions aussi. 

Le temps de mesurer qu'ici comme ailleurs, "de n'importe quelle couleur, de n'importe quel pays, la colère est un cri qui vient de l'intérieur..." (Que monsieur Bernard Lavilliers veuille bien m'excuser d'avoir emprunter et adapté à ma sauce quelques lignes d'un de ses très beaux textes.)
Tous ensemble, tous ensemble, tous....
Une quarantaine de kilomètres plus loin, surgissent les premiers bouquets de palmiers dattiers de l’oasis de Skoura.
Cette vaste palmeraie est constituée d’un ensemble incalculable de douars (villages) aux constructions de pisé. Les simples maisons de terre se regroupent autour d’anciennes casbahs. Délitées par les pluies et par l’érosion, nombre d’entre elles sont à l’abandon mais certaines ont été restaurées. Érigée au bord de l’oued El Hajaj, la casbah d’Amerhidil, véritable citadelle de pierre, est sans conteste la plus imposante mais aussi la plus belle…
C’est justement là que nous nous rendons, Eric Nathalie et moi. Partant à pieds de chez Abdelmoula, nous passons par les jardins en prenant garde de ne pas nous perdre dans le lacis des sentiers et des chemins.
Là, dans de toutes petites parcelles, à l’ombre des figuiers, des grenadiers, des abricotiers et autres amandiers, des hommes et des femmes cultivent courageusement toutes sortes de légumes ainsi que des plantes fourragères.
Au détour d’un chemin, apparait la casbah d’Amerhidil, impressionnante par sa taille et remarquable par sa décoration. L’épaisseur et la hauteur des murs, les créneaux, les meurtrières, les tours de garde.... tout dans l’architecture des casbahs témoigne de la nécessité de résister à l’envahisseur.
Devant la porte, Aziz le gardien des lieux m’a reconnue et nous accueille à bras ouverts, affichant son large sourire.
C’est lui qui nous servira de guide le temps de la visite et, aujourd’hui, il est particulièrement en forme. Il enchaine bon mot sur bon mot, plaisanterie sur plaisanterie. Malicieusement, il exhibe de sa poche un billet de 50 dirhams sur lequel est représentée la casbah. Après avoir jonglé avec une bouteille de jus d’orange où l’on voit une photo de la forteresse il prend la pose et fièrement raconte que juste là s’est assis Gérard Jugnot, lors du tournage du film « Ali Baba et les 40 voleurs ».
Ne quittant pas sa bonne humeur, Aziz se révèle être aussi un bon guide. Il nous explique à quoi servaient les différentes pièces de la casbah : la cuisine avec ses ustensiles et son four en terre (le même qu’utilise encore Mina pour cuire son pain), les minuscules chambres où l’on dormait à même le sol sur des tapis moelleux, la petite mosquée avec son mihrab savamment creusé dans le mur , la petite école coranique où étaient enseignés les gamins des lieux, les greniers où étaient entreposés les victuailles, les salons de réception et enfin perchée tout en haut de la citadelle la terrasse d’où on a une superbe vue sur la palmeraie.
Il serait impensable de quitter notre compagnon sans avoir partagé avec lui un délicieux verre de thé à la menthe. Aziz excelle à la cérémonie du thé qu’il préside avec brio : tenant à bout de bras un verre de thé brulant, il réalise maintes arabesques sans perdre une seule goutte du fameux breuvage, tout en scandant sa formule rituelle « li biti bitou – lli ma biti ma bitou… » (ce que tu veux, je le veux… ce que tu ne veux pas, je ne le veux pas…)
Installés dans le patio, à l’ombre de la tonnelle, nous savourons ce moment de pur plaisir ne sachant plus tout à fait qui de la casbah d’Amerhidil ou d’Aziz est la véritable star de Skoura ?